Tameshiwari (le test de casse)

Tameshiwari

A ne pas confondre avec Tamashi (esprit-âme).

 

Tameshiwari 試し割り (tameshi, 試し, du verbe tamesu 試す qui veut dire “tester” et wari, 割り, du verbe waru 割る qui veut dire casser), c’est à dire le test de casse.

 

Dans les arts martiaux on désigne par mot "casse" l'ensemble des exercices consistant à briser divers matériaux. A l'origine, la casse est un exercice qui fait partie de l'entraînement traditionnel des disciplines de combat asiatique fondées sur les techniques de percussions. Son but initial est de tester certaines capacités spécifiques comme la puissance, la vitesse, la précision. L'art martial qui par le passé, a le plus popularisé les exercices de casse est bien sûr le karaté et en particulier le style kyokushinkai. On peut même dire que, d'une certaine manière, en Occident, la réputation d'efficacité du karaté s'est établie sur des empires de briques et de tuiles explosées à coups de poings et du tranchant de la main.... Plus tard, d'autres arts martiaux ont suivi l'exemple du karaté et ont abondamment utilisé la casse pour assurer leur développement, notamment les arts martiaux vietnamien et le Tae kwon do coréen.

Voici ce que dit Sosai Oyama (fondateur du style Kyokushinkai) « D'une manière générale, quand elle n'est pas truquée, la casse demeure une épreuve technique et physique intéressante, parfois même une épreuve de courage. Recherchée par les uns, délaissée par les autres, elle est considérée par les défenseurs de la tradition comme un exercice utile à la progression de l'adepte mais en aucun cas comme le nec plus ultra des arts martiaux. Lorsque l'on brise une planche, on prouve seulement qu'on est capable de briser une planche. Ni plus, ni moins. Si l'on veut prouver autre chose, il faut faire autre chose. Sans oublier toutefois que le véritable art martial, c'est aussi un état d'esprit et une manière de vivre (en référence au dojo kun) ».

l'origine, au japon, le Tameshiwari était réalisé avec des planches de cèdre au format 30 x 21 x 2,4cm, remplacé depuis, pour des raisons écologiques et économiques par le sapin.

 

Isaac Newton et le tameshiwari

De nombreuses études approfondies sur le tameshiwari, basées sur les mesures de physiologie, de cinétique et d’anatomie, connues depuis les lois de Newton, démontrent que l’énergie déployée lors d’un atemi et concentrée sur une faible surface à l’impact (shuto, kento, empi…), permettait de vaincre très largement la résistance passive de la cible (planche, par exemple, selon les normes admises : 2,5 cm d’épaisseur, sens des fibres, etc.). Les contraintes physiques se situant plus au niveau des articulations sollicitées par l’onde de choc qu’il faut maîtriser par des exercices répétitifs progressifs. Ce qui permet d’affirmer deux points :

  • 1) le tameshiwari est réalisable par tout adepte d’un art martial, dès l’adolescence, quelque soit sa condition physique et technique à la condition expresse de s’entraîner progressivement et régulièrement sous contrôle d’un instructeur compétent (par exemple, 14 ans = 1,5cm épaisseur environ ; 14-16 ans, env. 2,5 cm ; puis 3,5cm… Tsuki, empi, puis shuto…).

  • 2) le facteur mental est au moins aussi important pour la réussite de tests de casse pour dépasser l’appréhension de la douleur et de l’échec éventuel. Pour illustrer ce facteur mental, je vous propose cet extrait des mémoires de Maître Harada (Shotokai) : « C’est à l’université que Maître Harada a vu des casses de bois pour la première fois, car il n’y en avait pas au Shotokan dojo. Waseda avait donc accepté de casser du bois au moyen de uraken, ce qui était considéré comme très difficile eu égard à la technique utilisée qui nécessite une action de fouet plutôt qu’un mouvement de pénétration. En prévision de ceci, tous les ceintures noires ont essayé de casser deux morceaux de bois de 2,5 cm chacun que tenaient des partenaires, mais aucun d’entre eux n’y est parvenu. Harada a alors dit qu’il allait essayer, et le bois, tenu par deux élèves, se brisa franchement. Il déclara ensuite qu’il n’avait eu aucune appréhension car les ceintures noires n’y étant pas parvenus, on ne s’attendait donc pas à ce qu’il le fasse. Il a aussi remarqué qu’il n’avait rien ressenti lorsqu’il avait cassé les deux planches, pas même un contact. Bien entendu tout le monde fut très surpris de sa réussite ; ils voulurent tous savoir comment il s’y était pris, et il fut donc sélectionné pour la démonstration. »

Tameshiwari au Japon

La "casse" est bien vivante au Japon même si sa pratique est plus restreinte que dans les années 1970. La plupart des ryû s'en passent depuis longtemps car leur renommée ne nécessite plus ce genre de publicité, visuellement attirante. Le nombre important de médailles et coupes suffit à convaincre les amateurs de s'inscrire au dôjô. Le sport prenant le pas sur l'Art Martial, il n'est plus nécessaire de démontrer une force intérieure élevée par le biais du tameshiwari
Cela étant dit, ces exercices se pratiquent maintenant sur deux niveaux. D'une part, il s'agit toujours - pour certains - "d'épater la galerie" ou alors d'intégrer cette pratique à des compétitions. 
Par ailleurs, le tameshiwari reste pratiqué pour ce qu'il apporte à titre personnel. A savoir, surmonter ses craintes légitimes et renforcer son mental et ses aptitudes physiques. 

C'est à Okinawa, berceau du karate où on trouve le plus fréquemment ces exercices. Certaines Ecoles, Uechi ryû notamment, se sont fait une spécialité de la chose. Planches et battes de baseball brisées, en dynamique ou statique sont courantes dans les dôjô de l'île. 
Poing, tranchant de la main, coude, genou, pied, orteil, doigt(s), tibia, avant bras et même tête, tout y passe. 
Si le tameshiwari sert souvent en démonstration, il faut noter qu'il est travaillé durant les cours, à l'abri des regards extérieurs. Il s'agit donc bien d'un travail personnel dans ce cas. 

Le tameshiwari était déjà utilisé au 19ème siècle dans un but de renforcement mental et physique, hors considération esthétique. Il s'agit d'un fait historique au même titre que l'utilisation des appareils de musculation traditionnels ou du makiwara

Au Japon même, la Kyokushinkai a systématisé le tameshiwari dans certains tournois où l'on recourt à cette épreuve en cas d'égalité et d'une différence de poids limitée entre les combattants. Il s'agit ici de casses entsuki (poing fermé), coude et pied le plus souvent. Le vainqueur étant, bien entendu, celui qui casse le plus de planchettes en bois. Au sein des dôjô de cette Ecole, on travaille également ces exercices afin de conditionner les élèves à ne plus craindre les surfaces dures et favoriser une forme technique optimale.

Il faut comprendre que sur un plan purement technique, la pratique offre de nombreux avantages. 
Comme l'explique Yasuda Toshio Shihan à Ôsaka (kyokushinkai), travailler dans le vide n'offre pas des sensations identiques et, surtout, autorise des erreurs graves dans le positionnement du poignet, par exemple. Les poignets ou doigts fracturés ne sont pas rares si on n'a jamais eu de contact avec un objet vraiment dur (un crâne par exemple!). 
Il ne s'agit pas de transformer le tameshiwari en exercice de cirque, certes flamboyant, mais peu en rapport avec le karatedô; à l'image des kata (dits) "artistiques". 
Pas question non plus de déformer les membres de façon grotesque et néfaste pour la santé sur le long terme. 
La plus value existe bel et bien à condition de pratiquer en respectant certaines règles et de ne pas en faire un point essentiel de l'entraînement. Dans les autres Ecoles la pratique à tendance à rester malheureusement marginale. 

Quoiqu'il en soit, il ne s'agit pas de se lancer sans préparation dans le tameshiwari au risque de se blesser. Les enseignants Japonais adoptent une progression modérée et adaptée aux capacités de chaque deshi.

(Auteur : Lionel D.)

Photos : Mas Oyama Sosai (en haut), Tanaka Masahiko sensei, extrait d’une vidéo de tameshiwari (en bas)